HABEMUS PAPAM – OU L’ART DE L’INTÉGRITÉ PERSONNELLE

J’ai enfin vu l’admirable Habemus papam, de Nani Moretti, avec Michel Piccoli dans le rôle du cardinal Melville élu pape à son insu ou presque. Ne nous y trompons pas: ce n’est point d’un film sur le pape qu’il s’agit, mais sur l’autorité et l’intégrité de chacun et chacune de nous, quand nous sommes confrontés à l’écart ahurissant et nécessaire entre nom fonction (ou notre rôle) et notre vérité de sujet. Non pas: nous avons enfin un pape, un chef, un président, un boss, un leader ! mais bien: soyons nous-même. Sum ego papa; je suis mon propre pape – à condition de ne pas opprimer les autres de mon pouvoir imaginaire ou de ma tutelle indue.

On rit beaucoup toujours chez Moretti (tour à tour psychanalyste de pape élu mais récalcitrant et organisateur de tournoi de volley-ball pour cardinaux en attente de Guide). Le rire n’est jamais cruel, ni contre les chrétiens, ni contre Rome, ni contre les chefs. Il exige simplement que nous acceptions de rire d’abord de nous même et que nous retournions à la vraie vie. Double metanoia, que Michel Piccoli, gargantuesque et woody allenien tendre, incarne avec tendresse et véracité. Pasteur, recteur, professeur, patron, politicien, gourou, qui que nous soyons ou aspirons d’être, courons nous mirer dans cette glace décapante et libératrice.

Car lorsque le psychanalyste agnostique, enfermé au Vatican par le Grand Camerlingue, lit et interprète le seul livre trouvé dans sa cellule (la Bible), c’est l’Evangile qui résonne aux oreilles cardinalices, de la même et exacte façon qu’ils découvrent, en dansant, jouant aux cartes ou volleyant, la grâce enfantine de la Liberté.

 

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