« MARIAGE » HOMOSEXUEL ?

En novembre, je publie aux éditions du Cerf un petit ouvrage La gauche, la droite et l’éthique. Jalons protestants et oecuméniques face aux défis de la laïcité, où je dis mon désaccord avec l’idée même de « mariage » homosexuel; je suis de gauche et vote à gauche, mais ne suis ni Hollande ni Obama sur cette question.

Voici un texte courageux que vient de nous envoyer un collègue avant le Synode vaudois des 2-3 novembre:

Synode : débat sur la bénédiction des couples partenariés
Imaginez un instant que le Synode demande que désormais les lieux d’Eglise de l’EERV se mobilisent pour permettre à tous les requérants d’asile d’être accueillis en Suisse, sans restriction. Il n’aurait sans doute jamais l’idée de faire cela, vu le caractère hautement émotionnel de la question. Pourtant de nombreux textes bibliques pourraient être cités à l’appui d’une telle prise de position ! C’est néanmoins d’une manière semblable que le Conseil synodal invite le Synode à accepter d’introduire une bénédiction pour les couples homosexuels partenariés.

La plupart des ministres et des laïcs engagés dans l’EERV ont eu connaissance de ce projet par la presse. Alors qu’on nous consulte longuement sur des questions telles que le découpage des régions, ici aucun cheminement préparatoire n’a été fait avec la base de l’Eglise et les ministres. De ce fait, si le Synode suit le CS, ses décisions seront illisibles pour une bonne partie de ceux qui soutiennent l’EERV de leur engagement, de leurs prières et de leurs dons. Les tentatives tardives de communication de l’étage cantonal de l’EERV seront couvertes par le vacarme des médias qui réduisent la question à autoriser ou interdire. De plus les travaux préparatoires  du Synode, tels qu’ils apparaissent dans les deux rapports qui lui sont soumis, n’ont pas été réalisés avec des couples homosexuels : on a réfléchi pour eux plutôt qu’avec eux.

Sur le fond, ces deux rapports proposent une réflexion trop limitée, aussi bien au sujet du couple homosexuel qu’hétérosexuel. Ils réduisent leur lien à une alliance, ce qui est très réducteur par rapport à la richesse symbolique des récits des premiers chapitres de la Genèse. L’humanité y est représentée par deux êtres irréductiblement différents – homme et femme – qui sont appelés à vivre une alliance – « ils ne formeront qu’une seule chair ». Ensemble ils sont créés à l’image de Dieu qui décide souverainement de faire alliance avec eux, qui leur offre son amour inconditionnel tout en restant Autre. C’est dans l’altérité que l’alliance – aussi bien celle entre Dieu et l’humanité que celle entre humains – est féconde et source de vie.

Dans ce récit fondateur, la différence homme-femme est emblématique de toutes les différences humaines. Celles-ci représentent à la fois une chance extraordinaire et une difficulté redoutable. Caïn ne supporte pas sa différence avec Abel et cherche à la détruire par la violence, comme bien d’autres après lui. A l’époque de Jésus, le judaïsme palestinien excluait les lépreux et méprisait les païens. Dans l’histoire, les sociétés humaines ne sont presque jamais parvenues à accorder le même respect aux femmes qu’aux hommes.

Dans les rapports présentés au Synode, la différence symbolique entre couples hétéro et homo-sexuels est soit banalisée, au nom d’une adaptation prétendument nécessaire au monde actuel, soit rejetée au nom d’une sacralisation d’un ordre « naturel » conçu comme divin. Le Synode est invité à se lancer dans un débat entre deux positions idéologiques. Toutes deux utilisent la Bible pour se justifier. Un tel débat permettra très difficilement à l’Eglise d’avancer. Il faut donc y renoncer pour le moment et nous engager dans un cheminement plus exigeant avec des couples homo- et hétérosexuels qui se réfèrent à l’Evangile. En travaillant avec des personnes plutôt qu’avec des dogmes, nous pourrons nous inspirer de la manière dont Jésus se laisse bousculer dans ses convictions par la femme cananéenne (Mt 15). Comme bien d’autres personnes, au départ, je trouvais l’homosexualité très choquante. C’est en rencontrant des homosexuels, que j’ai été amené à me laisser bousculer dans mes préjugés. Grâce à eux, j’ai pu comprendre que l’homosexualité n’est pas un choix, du moins dans l’immense majorité des cas. Aujourd’hui, je respecte leur différence mais je leur demande aussi de l’assumer et de ne pas vouloir être en même temps différents et identiques : le mariage est une institution hétérosexuelle et les enfants ont besoin d’un père et d’une mère. C’est en raison de leur différence, et non d’une prétendue similitude, que je peux les accepter et chercher de nouveaux chemins avec eux, notamment liturgiques, dans l’Eglise.

Tout comme la base de l’Eglise, notre association professionnelle, n’a pas été invitée à collaborer aux travaux préparatoires, sur cette question importante et difficile, en vue des débats du Synode. Comme souvent, c’est dans la solitude de nos ministères que nous aurons à nous débrouiller pour essayer de répondre aux interpellations des personnes de la base de l’Eglise.
Pierre Farron
Article écrit pour la Correspondance Fraternelle, le Bulletin de la Ministérielle de nov. 2012, à titre personnel.

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