SAGA SAGA CHAGAEV

J’écrivais ceci la veille du match de Neuchâtel-Xamax contre Lausanne:

 

La saga Chagaev n’est pas terminée; elle connaît une accalmie, celle de l’été et de la reprise du championnat, mais elle ne saurait nous tromper. Les sponsors ont pris leur distance. Le public suit en partie, mais ce sont les joueurs et l’équipe qu’ils soutiennent, la ville et le pays, pas le massacre de la culture sportive et locale opéré jusqu’ici. Une première victoire et deux premiers buts ont été salués, aussi parce que ce sont Wüthrich et Veloso, formés au club, qui ont marqué – cette remarque n’est en rien une critique envers les joueurs venant d’ailleurs, seulement la constatation que le mercato ne suffit pas à créer une équipe et une ambiance. L’entraîneur espagnol, compétent, a marqué courageusement son territoire et son autonomie, mais s’est vu très vite remettre en place.

Les dirigeants prennent conscience des réalités, tentent d’avoir accès aux comptes et aux secrets du magnat tchétchène. On verra bien lundi 29 août de quel bois se chauffent les actionnaires et si la parole circule librement. Il faudra aussi connaître et tirer le bilan réel de la gestion du propriétaire précédent, qui n’a brillé ni par sa classe, ni par son dynamisme. La presse continuera à exercer ses pressions et à poser ses questions, et nous avec. Combien de temps tout cela tiendra-t-il ? La méthode Chagaev passera-t-elle l’hiver? Où sont les personnes, les institutions, les entrepreneurs et les leaders qui s’avéreront capables de reprendre le club et la remettre sur des pieds sains et solides, le jour où le petit tyran actuel claquera la porte, irrité de ne pas être traité en Messie et en Sauveur ? Neuchâtel va-t-il rester attentiste, imprévoyant et sans imagination ? Quel défi !

Du côté politique, la résistance a enfin commencé; des édiles semblent décidés à ne pas laisser faire, à ne pas se laisser marcher sur les pieds, à ne pas céder au chantage du bluff et du fric. L’argent ne commande pas tout. Le sport est aussi une culture, une tradition, une réalité publique et citoyenne.

J’irai assister au derby contre Lausanne, ce soir, partagé entre le désir d’une victoire neuchâteloise et le souvenir d’une éthique lausannoise qui, naguère, fut bien mise en place pour sortir d’une mauvaise passe. Ce sera bientôt notre tour, ici à Neuchâtel, de conjuguer éthique et sport. Sur le terrain. De manière à la fois synthétique et pragmatique.

 

PS. Le match s’est terminé par un nul (2 à 2). Il semble que Chagaev ait terrorisé les joueurs et menacé l’entraîneur espagnol Joaquin Caparros (un technicien reconnu au caractère bien trempé). L’AG a lieu ce soir. Le Matin de Lausanne annonce sur son site que Chagaev demanderait à Gilbert Facchinetti (président d’honneur et ancien mentor de l’équipe) de revenir à la vice-présidence. Manipulation ? Piège ? Ce qui est sûr, c’est que la gestion du président antérieur, Sylvio Bernasconi, a été désastreuse. Mais il faut un nouveau départ. Je ne crois pas que Chagaev puisse apporter quoi que ce soit de bon sur la durée. Où sont les investisseurs ? Où est la volonté politique (au sens large du terme) ? On va enfin voir ce que Neuchâtel (ville, canton, région) a dans le ventre – et dans la tête.

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