TURBULENCES, INDIGENCES ET MANQUE D’HONNÊTETÉ INTELLECTUELLE…

Le livre que viennent de publier Eric Fuchs et Pierre Glardon aux Editions Ouvertures à Lausanne (à propos de certaines turbulences protestantes) pose un diagnostic intéressant mais qui demeure à mes yeux la plupart du temps de type nostalgique et assez confus sur la situation présente des Eglises protestantes. Il se pose en livre prophétique alors qu’il est surtout une répétition néo-conservatrice de principes figés.

Plus grave, du point de vue déontologique et scientifique, il comporte des erreurs d’interprétration et des procès d’intention peu dignes d’un débat sérieux et d’une spiritualité dynamique.

Les pages que Pierre Glardon  me consacre, pour me limiter strictement à ce point,  sont particulièrement indigentes et injustes. Elles témoignent d’un usage sélectif des citations et d’un montage polémique de textes de nature différente (une présentation didactique de 6 positions différentes, dans un manuel à destination d’étudiants universitaires, avec un article personnel dans un journal, comme si ma pensée se résumait à l’addition de  celles des autres) sans rapport avec la réalité de mon propre travail académique et pastoral sur plusieurs décennies. Le recours à la caricature n’apporte rien. Il démontre, surtout, les lacunes ou la précipitation de celui qui se permet de telles facilités. On y sent aussi les restes de modèles théologiques surannés, jamais remis en question (un barthisme scripturaire à la petite semaine, pour faire court). Moi qui ne me suis jamais réclamé du libéralisme théologique (ce courant de pensée du XIXe siècle et de la première partie du XXe siècle) pour régler les questions actuelles, je ne peux pas non plus me satisfaire des solutions paresseuses et convenues assénées par Glardon comme des évidences. Il nous faut sortir des idéal-types simplistes et de la guerre des Ecoles. Il nous faut penser par nous-même pour aujourd’hui, et non pas répéter le passé. L’avenir de la Réforme ne passe jamais par la Reprise des théologies d’autrefois, si grandes et grandioses soient-elles en leur temps.

 

La-theologie-et-l-ethique-dans-l-espace-public-Denis-MulJe me contente de vous renvoyer aux essais récents que j’ai réunis dans l’ouvrage intitulé La théologie et l’éthique dans l’espace public (Münster, Lit Verlag, 2012, 176 p.) ( dispo ici http://www.lit-verlag.de/isbn/3-643-80114-2): vous y trouverez mon attachement obstiné à une théologie critique et indépendante, à l’écart des modes laïcistes et bien-pensantes du temps présent; une théologie et une éthique attachées à l’affirmation de la Loi et de sa constante déstabilisation évangélique, et se concluant ici  par une méditation sur l’apport fondamental de Paul en éthique théologique contemporaine. Vous retrouverez de plus en annexe de ce volume l’article que j’ai publié dans Le Temps le 12 mars 2008 (Pourquoi la théologie doit rester aussi à l’Université de Lausanne), auquel je ne vois aucune raison de soustraire le moindre mot en ce début 2012. Pierre Glardon, contrairement à Pierre Gisel, me loue de cet article: pas plus qu’un autre, je me saurais emporter la pleine adhésion de tous. Mais qu’au moins il soit reconnu que le combat mené en 2008 n’était ni de l’ultralibéralisme, ni de l’aveuglement complet.

De toute façon, la lutte et la réflexion continuent

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